histoire

La révolution de l’hippomobile

Traverser l’océan en moins d’une journée, relier Paris à Genève en 5 heures… Ce qui paraît évident aujourd’hui, du moins pour la population qui y a accès, est en réalité le fruit d’une véritable « révolution » qui doit beaucoup à la population équine.

Durant mes études en histoire, j’ai découvert le champ de l’histoire animale. Si les rues sont aujourd’hui pratiquement vidées de leur présence, ça n’a pas toujours été ainsi ! Jusqu’aux 19e-20e siècles, les animaux occupaient une place centrale dans nos sociétés occidentales, que ce soit dans les loisirs, le travail agricole, le transport ou la circulation individuelle. Il y avait une véritable sociabilité hybride, entre espèces cohabitant étroitement ensemble.

Parmi elles, les chevaux et autres équidés occupaient un rôle central. Adoré pour son obéissance et son allure noble, le cheval était un « allié » incontournable pour qui souhaite entreprendre un voyage. À partir du 17e siècle se développe toute une industrie du véhicule, de plus en plus rapide, plus confortable et plus aisé à conduire. Cabriolet, coupé, berline… Tous ces mots qui évoquent vaguement un téléfilm costumé ont posé les premiers échelons du « voyage » comme pratique de loisir. En parallèle, la pratique du louage de chevaux et de fiacres « démocratise » le déplacement dès le 18e siècle. En accélérant les distances, la circulation hippomobile transforme en profondeur le rapport de l’humanité au temps et à l’espace.

Toutefois, loin des images glamour des fictions historiques, la mobilité sous l’Ancien Régime restait pénible et dangereuse. Les routes, mal adaptées, pouvaient présenter de nombreux dangers. Sur ces grands chemins opéraient aussi des bandits, qui trouvaient dans ces espaces peu policés le terrain idéal pour détrousser les voyageuses et voyageurs.

Ce mouvement était par ailleurs inégalitaire, même si le libéralisme naissant commence à décloisonner l’accès aux véhicules. Les modèles les plus performants, ainsi que les chevaux les plus recherchés, demeuraient réservés aux plus riches… Comme aujourd’hui finalement ! La vitesse continue de véhiculer rêves et désirs, et la circulation de classer les individus selon les rangs.

La pratique contemporaine du voyage doit donc beaucoup à nos amis équidés! Ce travail m’a encore une fois permis de saisir l’actualité de la recherche historique, dont les interrogations peuvent parfois sembler loin des préoccupations d’aujourd’hui. Pourtant, notre société, nos dynamiques et nos pratiques sont toutes profondément héritières d’une longue histoire.

Des suites de cette recherche est né un article scientifique, publié dans un ouvrage collectif que j’ai eu le plaisir de tenir entre mes mains cette année !

 

L’ouvrage en question :

Fabrice Brandli (dir.), Des bêtes et des hommes. Présences animales, sociabilités hybrides (XVIe-XXe siècle), Genève, Georg, 2022.

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